À Ottawa, les médias canadiens se trouvent sous pression. Le gouvernement conservateur exerce un contrôle de plus en plus grand sur l’information. La situation est moins difficile à Québec, mais elle n’est pas non plus de toute transparence.
Voilà les constats des deux correspondants parlementaires tels qu’exprimés lors d’une conférence tenue ce vendredi à l’Université Laval dans le cadre de l’École d’été.
« Le pouvoir politique veut contrôler son message au maximum », annonce en entré de jeu Patrice Roy, chef du bureau de Radio-Canada à Ottawa, et ce, pour encore une semaine. « Le premier ministre Stephen Harper est issu d’une philosophie qui s’est développée aux États-Unis et qui considère que les médias ne représentent pas la majorité de la population et qu’il faut parler directement au public. Cela veut dire que les journalistes ne font pas partie de l’équation », a-t-il indiqué.
Il croit que le Canada est en train de changer parce qu’il y a un gouvernement minoritaire conservateur qui a été élu. « Les débats se font et nous en sommes exclus. Le gouvernement ne veut pas nous expliquer ses décisions, et cela nous pousse à modifier notre travail. On doit creuser plus et multiplier les sources. Cela devient lourd de travailler à Ottawa. »
Esprit critique
Pour sa part Simon Boivin, courriériste parlementaire au journal Le Soleil, voit la situation médiatique à Québec d’une manière différente. « La situation est moins tendue qu’à Ottawa. On peut poser les questions aux ministres à l’entrée et à la sortie des conférences. On peut les rejoindre, mais ca ne veut dire pas que nous ne rencontrons pas de difficultés », a-t-il ajouté. Un point de vue partagé par M. Roy qui a souligné que le journalisme à Québec évolue. « La qualité change. Il y a du dynamisme, un esprit critique, et la gauche arrive à faire passer son message dans les médias », dit M. Roy.
Boivin a indiqué que le gouvernement utilise certaines tactiques pour contrôler le message politique. Mais il a dit que le directe a réussi à libérer l’information, ce qui la laisse passer sans contrôle.
Quant à Anne–Marie Gingras, professeure au département de science politique de l’Université Laval, elle a souligné que les propriétaires des médias choisissent les directeurs qui leur conviennent pour contrôler l’information. Elle a affirmé que, selon un récent sondage, 48% des Canadiens font confiance aux journalistes.
Mais est-ce que le journaliste doit lutter pour changer ? « Les journalistes sont des témoins, des sociologues plus que des militants. Le journalisme bien pratiqué peut aider à changer, mais il n’est pas le premier à le faire, ni le seul. Il doit exposer le réel et non pas le changer ».
Photos : Pascale Nycz