Claude Poirier, directeur du Trésor de la langue Française au Québec et professeur de linguistique à l’Université Laval
Depuis le début de l’École d’été de l’INM, on ne peut s’empêcher de remarquer des participants ayant différents accents.
D’une région à l’autre, le français n’est pas identique. En Amérique, il y a différentes manières de le parler : l’acadien, le cadjin (cajun), le québécois. Pourquoi tant de différence ? Selon Claude Poirier, directeur du Trésor de la langue Française au Québec et professeur de linguistique à l’Université Laval, cette différence remonte à l’arrivé de Jacques Cartier en Amérique.
En effet, la colonisation de l’Amérique du Nord a eu une influence sur le français parlé dans le monde. Selon Monsieur Poirier, une bifurcation langagière s’est amorcée en Europe peu de temps après le départ des premiers colons. Il faut aussi comprendre que le français est très riche en expression. Le mot torchon a plusieurs noms dans la francophonie ; il s’agit d’une patte pour les Suisses, d’un linge à vaisselle au Québec et d’un brayon en Belgique.
Si on se concentre sur l’Amérique du Nord, on remarque que les gens ont une relation différente avec le français, selon l’endroit d’où ils vivent. Claude Poirier dit que les Louisianais non francophones se disent attachés à la culture française. Et ce, malgré le fait qu’ils n’ont aucune compréhension de cette langue. En Louisiane et en Acadie, les francophones se sentent moins envahi par l’anglais, contrairement au Québec.
Mais l’envahissement des Européens est aussi effrayant pour les Québécois qui craignent que leurs cousins les reprennent continuellement. Les Cadjins ont d’ailleurs la même peur en raison de leur accent.
Malgré nos différences, on peut s’apercevoir que nous nous ressemblons plus que l’on pense. En effet, les termes maritimes sont couramment utilisés autant dans le sud que dans le nord de l’Amérique. On identifie nos enfants de « flos » ou de « mousses ».
POUR L’AVENIR
Selon Claude Poirier, le Québec à un rôle à jouer en ce qui concerne les normes du français. Il donne l’exemple d’un immigrant arrivant au pays qui demande une information. Cette personne ne comprendra pas le sens des mots utilisés dans son nouvel environnement. Il aura donc le réflexe de regarder dans le dictionnaire sans trouver de réponse. Claude Poirier suggère un dictionnaire pour le français parler afin de mieux nous comprendre.
Il en profite aussi pour féliciter la jeunesse actuelle de bien parler le français. Il constate d’ailleurs une amélioration au cours des décennies. Le Québécois actuel a tendance à être plus international que dans sa jeunesse. Notre génération a eu la liberté de parole qui a permis de propulser le français que nos aînés n’ont pas eu.
Suggestion de lecture du linguiste Claude Poirier : Mots choisis de Marcel Bénéteau et Peter W Halfaro publié par les Presses de l’Université d’Ottawa
Suggestion internet : la base de donnée lexicographique panfrancophone au www.bdlp.org